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Charlotte Brontë

Jane Eyre



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Charlotte Brontë

Jane Eyre

ou

Les mémoires d’une institutrice

Tome II

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 398 : version 1.01

Édition de référence : Paris, Librairie Hachette et Cie, 1890. Paru sous le nom de Currer Bell. En deux tomes. Traduit de l’anglais par Mme Lesbazeilles Souvestre.

Jane Eyre

II



Chapitre XXI


Les pressentiments, les sympathies et les signes sont trois choses étranges qui, ensemble, forment un mystère dont l’humanité n’a pas encore trouvé la clef ; je n’ai jamais ri des pressentiments, parce que j’en ai eu d’étranges ; il y a des sympathies qui produisent des effets incompréhensibles, comme celles, par exemple, qui existent entre des parents éloignés et inconnus, sympathies qui se continuent, malgré la distance, à cause de l’origine qui est commune ; et les signes pourraient bien n’être que la sympathie entre l’homme et la nature.

Un jour, à l’âge de six ans, j’entendis Bessie raconter à Abbot qu’elle avait rêvé d’un petit enfant, et que c’était un signe de malheur pour soi ou pour ses parents ; cette croyance populaire se serait probablement effacée de mon souvenir, sans une circonstance qui l’y fixa à jamais : le jour suivant, Bessie fut demandée au lit de mort de sa petite sœur.

Depuis quelques jours, je pensais souvent à cet événement, parce, que, pendant une semaine entière, j’avais toutes les nuits rêvé d’un enfant : tantôt je l’endormais dans mes bras, tantôt je le berçais sur mes genoux, tantôt je le regardais jouer avec les marguerites de la prairie ou se mouiller les mains dans une eau courante. Une nuit l’enfant pleurait ; la nuit suivante, au contraire, il riait ; quelquefois il se tenait attaché à mes vêtements, d’autres fois il courait loin de moi : mais, sous n’importe quelle forme, cette apparition me poursuivit pendant sept nuits successives.

Je n’aimais pas cette persistance de la même idée, ce retour continuel de la même image ; je devenais nerveuse au moment où je voyais approcher l’heure de me coucher, l’heure de la vision. J’étais encore dans la compagnie de ce fantôme d’enfant la nuit où j’entendis le terrible cri, et l’après-midi du lendemain on vint m’avertir que quelqu’un m’attendait dans la chambre de Mme Fairfax ; je m’y rendis et j’y trouvai un homme qui me parut un domestique de bonne maison ; il était en grand deuil, et le drapeau qu’il tenait à la main était entouré d’un crêpe.

« Je pense que vous avez de la peine à me remettre, mademoiselle, dit-il en se levant ; je m’appelle Leaven ; j’étais cocher chez Mme Reed lorsque vous habitiez Gateshead, et je demeure toujours au château.

– Oh ! Robert, comment vous portez-vous ? je ne vous ai pas oublié du tout ; je me rappelle que vous me faisiez quelquefois monter à cheval sur le poney de Mlle Georgiana. Et comment va Bessie ? car vous avez épousé Bessie.

– Oui, mademoiselle. Ma femme se porte très bien, je vous remercie ; il y a à peu près deux mois, elle m’a encore donné un enfant, nous en avons trois maintenant ; la mère et les enfants prospèrent.

– Et comment va-t-on au château, Robert ?

– Je suis fâché de ne pas pouvoir vous donner de meilleures nouvelles, mademoiselle ; cela ne va pas bien, et la famille vient d’éprouver un grand malheur.

– J’espère que personne n’est mort ? » dis-je en jetant un coup d’œil sur ses vêtements.

Il regarda le crêpe qui entourait son chapeau et répondit :

« Il y a eu hier huit jours, M. John est mort dans son appartement de Londres.

– M. John ?

– Oui.

– Et comment sa mère a-t-elle supporté ce coup ?

– Dame, mademoiselle Eyre, ce n’est pas un petit malheur : sa vie a été désordonnée ; les trois dernières années, il s’est conduit d’une manière singulière, et sa mort a été choquante.

– Bessie m’a dit qu’il ne se conduisait pas bien.

– Il ne pouvait pas se conduire plus mal, il a perdu sa santé et gaspillé sa fortune avec ce qu’il y avait de plus mauvais en hommes et en femmes ; il a fait des dettes, il a été mis en prison. Deux fois sa mère est venue à son aide ; mais, aussitôt qu’il était libre, il retournait à ses anciennes habitudes. Sa tête n’était pas forte ; les bandits avec lesquels il a vécu l’ont complètement dupé. Il y a environ trois semaines, il est venu à Gateshead et a demandé qu’on lui remit la fortune de toute la famille entre les mains ; Mme Reed a refusé, car sa fortune était déjà bien réduite par les extravagances de son fils ; celui-ci partit donc, et bientôt on apprit qu’il était mort ; comment, Dieu le sait ! On prétend qu’il s’est tué. »

Je demeurai silencieuse, tant cette nouvelle était terrible. Robert continua :

« Madame elle-même a été bien malade ; elle n’a pas eu la force de supporter cela : la perte de sa fortune et la crainte de la pauvreté l’avaient brisée. La nouvelle de la mort subite de M. John fut le dernier coup ; elle est restée trois jours sans parler. Mardi dernier, elle était un peu mieux, elle semblait vouloir dire quelque chose et faisait des signes continuels à ma femme ; mais ce n’est qu’hier matin que Bessie l’a entendue balbutier votre nom, car elle a enfin pu prononcer ces mots : “Amenez Jane, allez chercher Jane Eyre, je veux lui parler.” Bessie n’est pas sûre qu’elle ait sa raison et qu’elle désire sérieusement vous voir ; mais elle a raconté ce qui s’était passé à Mlle Reed et à Mlle Georgiana, et leur a conseillé de vous envoyer chercher. Les jeunes filles ont d’abord refusé ; mais, comme leur mère devenait de plus en plus agitée, et qu’elle continuait à dire : “Jane, Jane”, elles ont enfin consenti. J’ai quitté Gateshead hier, et si vous pouviez être prête, mademoiselle, je voudrais vous emmener demain matin de bonne heure.

– Oui, Robert, je serai prête ; il me semble que je dois y aller.

– Je le crois aussi, mademoiselle ; Bessie m’a dit qu’elle était sûre que vous ne refuseriez pas. Mais je pense qu’avant de partir il vous faut demander la permission.

– Oui, et je vais le faire tout de suite. »

Après l’avoir mené à la salle des domestiques et l’avoir recommandé à John et à sa femme, j’allai à la recherche de M. Rochester.

Il n’était ni dans les chambres d’en bas, ni dans la cour, ni dans l’écurie, ni dans les champs ; je demandai à Mme Fairfax si elle ne l’avait pas vu, elle me répondit qu’il jouait au billard avec Mlle Ingram. Je me dirigeai vers la salle de billard, où j’entendis le bruit des billes et le son des voix. M. Rochester, Mlle Ingram, les deux demoiselles Eshton et leurs admirateurs étaient occupés à jouer ; il me fallut un peu de courage pour les déranger, mais je ne pouvais plus retarder ma demande ; aussi, m’approchai-je de mon maître, qui était à côté du Mlle Ingram. Elle se retourna et me regarda dédaigneusement ; ses yeux semblaient demander ce que pouvait vouloir cette vile créature, et lorsque je murmurai tout bas : « Monsieur Rochester ! » elle fit un mouvement comme pour m’ordonner de me retirer. Je me la rappelle à ce moment ; elle était pleine de grâce et frappante de beauté : elle portait une robe de chambre en crêpe bleu de ciel ; une écharpe de gaze également bleue était enlacée dans ses cheveux ; le jeu l’avait animée, et son orgueil irrité ne nuisait en rien à l’expression de ses grandes lignes.

« Cette personne a-t-elle besoin de vous ? » demanda Mlle Ingram à M. Rochester, et M. Rochester se retourna pour voir quelle était cette personne.

Il fit une curieuse grimace, étrange et équivoque ; il jeta à terre la queue qu’il tenait et sortit de la chambre avec moi.

« Eh bien, Jane ? dit-il en s’appuyant le dos contre la porte de la chambre d’étude qu’il venait de fermer.

– Je vous demanderai, monsieur, d’avoir la bonté de m’accorder une ou deux semaines de congé.

– Pour quoi faire ? Pour aller où ?

– Pour aller voir une dame malade qui m’a envoyé chercher.

– Quelle dame malade ? Où demeure-t-elle ?

– À Gateshead, dans le comté de...

– Mais c’est à cent milles d’ici ; quelle peut être cette dame qui envoie chercher les gens pour les voir à une pareille distance ?

– Elle s’appelle Mme Reed, monsieur.

– Reed, de Gateshead ? Il y avait un M. Reed, de Gateshead ; il était magistrat.

– C’est sa veuve, monsieur.

– Et qu’avez-vous à faire avec elle ? comment la connaissez-vous ?

– M. Reed était mon oncle, le frère de ma mère.

– Vous ne m’avez jamais dit cela auparavant ; vous avez toujours prétendu, au contraire, que vous n’aviez pas de parents.

– Je n’en ai pas, en effet, monsieur, qui veuillent bien me reconnaître ; M. Reed est mort, et sa femme m’a chassée loin d’elle.

– Pourquoi ?

– Parce qu’étant pauvre, je lui étais à charge, et qu’elle me détestait.

– Mais M. Reed a laissé des enfants ; vous devez avoir des cousins. Sir George Lynn me parlait hier d’un Reed de Gateshead, qui, dit-il, est un des plus grands coquins de la ville, et Ingram me parlait également d’une Georgiana Reed qui, il y un hiver ou deux, était très admirée, à Londres, pour sa beauté.

– John Reed est mort, monsieur ; il s’est ruiné et a à moitié ruiné sa famille ; on croit qu’il s’est tué ; cette nouvelle a tellement affligé sa mère, qu’elle a eu une attaque d’apoplexie.

– Et quel bien pourrez-vous lui faire, Jane ? Vous ne prétendez pas parcourir cent milles pour voir une vieille femme qui sera peut-être morte avant votre arrivée ; d’ailleurs, vous dites qu’elle vous a chassée.

– Oui, monsieur ; mais il y a bien longtemps, et sa position était différente alors ; je serais mécontente de moi si je ne cédais pas à son désir.

– Combien de temps resterez-vous ?

– Aussi peu de temps que possible, monsieur.

– Promettez-moi de ne rester qu’une semaine.

– Il vaut mieux que je ne promette pas, parce que je ne pourrai peut-être pas tenir ma parole.

– Mais en tout cas vous reviendrez ? rien ne pourra vous faire rester toujours avec votre tante ?

– Oh ! certainement, je reviendrai dès que tout ira bien.

– Et qui est-ce qui vous accompagne ? vous n’allez pas faire ce long voyage seule ?

– Non, monsieur, elle a envoyé son cocher.

– Est-ce un homme de confiance ?

– Oui, monsieur ; il est dans la famille depuis dix ans. »

M. Rochester réfléchit.

« Quand désirez-vous partir ? demanda-t-il.

– Demain matin de bonne heure.

– Mais il vous faut de l’argent, vous ne pouvez pas partir sans rien, et je pense que vous n’avez pas grand-chose ; je ne vous ai pas encore payée depuis que vous êtes ici. Jane, me demanda-t-il en souriant, combien avez-vous d’argent en tout ? »

Je tirai ma bourse ; elle n’était pas bien lourde.

« Cinq schillings, monsieur » répondis-je.

Il prit ma bourse, la retourna, la secoua dans sa main, et parut content de la voir aussi peu garnie ; il tira son portefeuille.

« Prenez. » dit-il, en m’offrant un billet. Il était de cinquante livres, et il ne m’en devait que quinze.

Je lui dis que je n’avais pas de monnaie.

« Je n’ai pas besoin de monnaie ; prenez, ce sont vos gages »

Je refusai d’accepter plus qu’il ne m’était dû. Il voulut d’abord m’y forcer ; puis tout à coup, comme se rappelant quelque chose, il me dit :

« Vous avez raison : il vaut mieux que je ne vous donne pas tout maintenant. Si vous aviez cinquante livres, vous pourriez bien rester six mois ; mais en voilà dix. Est-ce assez ?

– Oui, monsieur, mais vous m’en devez encore cinq.

– Alors, revenez les chercher ; je suis votre banquier pour quarante livres.

– Monsieur Rochester, je voudrais vous parler encore d’une autre chose importante, puisque je le puis maintenant.

– Et quelle est cette chose ? je suis curieux de l’apprendre.

– Vous m’avez presque dit, monsieur, que vous alliez bientôt vous marier.

– Oui. Eh bien ! après ?

– Dans ce cas, monsieur, il faudra qu’Adèle aille en pension ; je suis convaincue que vous en sentirez vous-même la nécessité.

– Pour l’éloigner du chemin de ma femme, qui, sans cela, pourrait marcher trop impérieusement sur elle. Sans doute, vous avez raison, il faudra mettre Adèle en pension, et vous, vous irez tout droit... au diable !

– J’espère que non, monsieur ; mais il faudra que je cherche une autre place.

– Oui ! » s’écria-t-il d’une voix sifflante et en contorsionnant les traits de son visage d’une manière à la fois fantastique et comique. Il me regarda quelques minutes. « Et vous demanderez à la vieille Mme Reed ou à ses filles de vous chercher une place, je suppose ?

– Non, monsieur ; mes rapports avec ma tante et mes cousines ne sont pas tels que je puisse leur demander un service. Je me ferai annoncer dans un journal.

– Oui, oui ; vous monterez au haut d’une pyramide ; vous vous ferez annoncer, sans vous inquiéter du danger que vous courez en agissant ainsi, murmura-t-il. Je voudrais ne vous avoir donné qu’un louis au lieu de dix livres. Rendez-moi neuf livres, Jane, j’en ai besoin.

– Et moi aussi, monsieur, répondis-je en cachant ma bourse, je ne pourrais pas un instant me passer de cet argent.

– Petite avare, dit-il, qui refusez de me rien prêter ! Eh bien, rendez-moi cinq livres seulement, Jane.

– Pas cinq schellings, monsieur, pas même cinq sous.

– Donnez-moi seulement votre bourse un instant, que je la regarde.

– Non, monsieur, je ne puis pas me fier à vous.

– Jane ?

– Monsieur.

– Voulez-vous me promettre ce que je vais vous demander ?

– Oui, monsieur, je veux bien vous promettre tout ce que je pourrai tenir.

– Eh bien, promettez-moi de ne pas vous faire annoncer et de vous en rapporter à moi pour votre position ; je vous en trouverai une avec le temps.

– Je le ferai avec plaisir, monsieur, si à votre tour vous me promettez qu’Adèle et moi nous serons hors de la maison et en sûreté avant que votre femme y entre.

– Très bien, très bien, je vous le promets ; vous partez demain, n’est-ce pas ?

– Oui, monsieur, demain matin.

– Viendrez-vous au salon ce soir après dîner ?

– Non, monsieur ; j’ai des préparatifs de voyage à faire.

– Alors il faut que je vous dise adieu pour quelque temps.

– Je le pense, monsieur.

– Et comment se pratique cette cérémonie de la séparation ? Jane, apprenez-le-moi, je ne le sais pas bien.

– On se dit adieu, ou bien autre chose si l’on préfère.

– Eh bien ! dites-le.

– Adieu, monsieur Rochester, adieu pour maintenant.

– Et moi, que dois-je dire ?

– La même chose si vous voulez, monsieur.

– Adieu, mademoiselle Eyre, adieu pour maintenant. Est-ce tout ?

– Oui.

– Cela me semble bien sec et bien peu amical ; je préférerais autre chose, rien qu’une petite addition au rite ordinaire ; par exemple, si l’on se donnait une poignée de main. Mais non, cela ne me suffirait pas ; ainsi donc, je me contenterai de dire : Adieu, Jane !

– C’est assez, monsieur ; beaucoup de bonne volonté peut être renfermée dans un mot dit avec cœur.

– C’est vrai ; mais ce mot adieu est si froid ! »

« Combien de temps va-t-il rester ainsi le dos appuyé contre la porte ? » me demandai-je ; car le moment de commencer mes paquets était venu.

La cloche du dîner sonna et il sortit tout à coup sans prononcer une syllabe ; je ne le vis pas pendant le reste de la journée, et le lendemain je partis avant qu’il fût levé.

J’arrivai à Gateshead à peu près à cinq heures du soir, le premier du mois de mai.

Je m’arrêtai d’abord devant la loge : elle me parut très propre et très gentille ; les fenêtres étaient ornées de petits rideaux blancs ; le parquet bien ciré ; la grille, la pelle et les pincettes reluisaient, et le feu brillait dans la cheminée ; Bessie, assise devant le foyer, nourrissait son dernier-né ; Robert et sa sœur jouaient tranquillement dans un coin.

« Dieu vous bénisse, je savais bien que vous viendriez ! s’écria Mme Leaven en me voyant entrer.

– Oui, Bessie, répondis-je après l’avoir embrassée. J’espère que je ne suis pas arrivée trop tard. Comment va Mme Reed ? elle vit encore, n’est-ce pas ?

– Oui, elle vit, et même elle a plus qu’hier le sentiment de ce qui se passe autour d’elle ; le médecin dit qu’elle pourra traîner une semaine ou deux ; mais il ne pense pas qu’elle guérisse.

– A-t-elle parlé de moi dernièrement ?

– Elle parlait de vous ce matin, et désirait vous voir arriver ; mais elle dort maintenant, ou du moins elle dormait il y a dix minutes. Elle est ordinairement plongée dans une sorte de léthargie pendant toute l’après-midi et ne se réveille que vers six ou sept heures : voulez-vous vous reposer ici une heure, mademoiselle ? et alors je monterai avec vous. »

Robert entra à ce moment ; Bessie posa son enfant endormi dans un berceau, afin d’aller souhaiter la bienvenue à son mari ; ensuite elle me pria de retirer mon chapeau et de prendre un peu de thé, car, disait-elle, j’étais pâle et j’avais l’air fatiguée. Je fus heureuse d’accepter son hospitalité, et quand elle me débarrassa de mes vêtements de voyage, je restai aussi tranquille que lorsqu’elle me déshabillait dans mon enfance.

Le souvenir du passé me revint lorsque je la vis s’agiter autour de moi, apporter son plus beau plateau et ses plus belles porcelaines, couper des tartines, griller des gâteaux pour le thé, et de temps en temps donner une petite tape à Robert ou à sa sœur, comme elle le faisait autrefois pour moi ; Bessie avait conservé son caractère vif, de même que son pas léger et son joli regard.

Quand le thé fut pris, je voulus m’approcher de la table ; mais elle m’ordonna de rester tranquille avec le ton absolu que je connaissais bien ; elle voulut me servir au coin du feu ; elle plaça devant moi un petit guéridon avec une tasse et une assiette de pain rôti : c’est ainsi qu’elle m’installait autrefois sur une chaise et m’apportait quelques friandises dérobées pour moi. Je souris et je lui obéis comme jadis.

Elle me demanda si j’étais heureuse à Thornfield et quel genre de caractère avait ma maîtresse. Quand je lui dis que je n’avais qu’un maître, elle me demanda s’il était beau et si je l’aimais ; je lui répondis qu’il était plutôt laid, mais que c’était un vrai gentleman, qu’il me traitait avec bonté et que j’étais satisfaite ; puis je lui décrivis la joyeuse société qui venait d’arriver au château. Bessie écoutait tous ces détails avec intérêt : c’était justement le genre qui lui plaisait.

Une heure fut bientôt écoulée. Bessie me rendit mon chapeau, et je sortis avec elle de la loge pour me rendre au château ; il y avait neuf ans, elle m’avait également accompagnée pour descendre cette allée que maintenant je remontais.

Par une matinée sombre et pluvieuse du mois de janvier, j’avais quitté cette maison ennemie, le cœur aigri et désespéré, me sentant réprouvée et proscrite, pour me rendre dans la froide retraite de Lowood, si éloignée et si inconnue ; ce même toit ennemi reparaissait à mes yeux ; mon avenir était encore douteux et mon cœur encore souffrant ; j’étais toujours une voyageuse sur la terre : mais j’avais plus de confiance dans mes forces et moins peur de l’oppression ; mes anciennes blessures étaient complètement guéries et mon ressentiment éteint.

« Vous irez d’abord dans la salle à manger, me dit Bessie en marchant devant moi ; les jeunes dames doivent y être. »

Une minute après, j’étais entrée. Depuis le jour où j’avais été introduite pour la première fois devant M. Brockelhurst, rien n’avait été changé dans cette salle à manger : j’aperçus encore devant le foyer le tapis sur lequel je m’étais tenue ; jetant un regard vers la bibliothèque, je crus distinguer les deux volumes de Berwick à leur place ordinaire, sur le troisième rayon, et au-dessus les
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